agrumes : Bernard Cuerq

lundi 15 octobre 2012
par cecile

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nom : Bernard et Bernadette Cuerq

lieu : Vallauris

Produits : agrumes : clémentines, oranges, pamplemousses, citrons, kumquats, mandarines, tangelos, tangors (plus de détails sur le site)

Distributions : hebdomadaires, en saison de novembre à mars

type de production : sans engrais chimique ni traitement

référent : Brigitte Ferracin, Michel Letiche

beaucoup plus d’informations sur le site : http://arcadia.cuerq.net/

présentation résumée : Dans un petit coin de Vallauris, parmi les propriétés, il reste un verger sur les restanques. Bernard l’a repris en 2005.

C’est l’histoire d’une belle rencontre entre un verger bien particulier, champ d’investigation et d’expérimentation, et un homme qui aime apprendre, essayer de comprendre et mettre en pratique.

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présentation  :

Histoire du verger

Comme beaucoup d’autres terrains agricoles de Vallauris, le verger était complanté de bigaradiers (alias orangers amers), cultivés pour la fleur, et accessoirement pour la production d’oranges amères. L’exploitation déjà en perte de vitesse dans la première moitié du 20ème siècle, comme toutes les exploitations similaires de la région, du fait de la concurrence étrangère, a de plus souffert des conditions climatiques très défavorables de 1956 (vague de froid "historique" sur toute l’Europe, en février, qui a duré près d’un mois). A l’abandon à partir de 1978, envahi de broussailles, il a été nettoyé et les arbres, morts et disparus sous les ronces, ont été arrachés en 1985. L’actuel verger occupe une superficie d’environ 4000 m2, comportant onze terrasses sur une dénivelée de plusieurs dizaines de mètres ; il a été créé en deux phases par mon beau-père, M. Joseph Castellino, à l’époque propriétaire du terrain :

d’abord en 1986 (juste après les - nouveaux - grands froids de février), environ 40 arbres ont été plantés sur les trois planches supérieures. Les arbres ont été achetés à la coopérative agricole de Vallauris (Nerolium). Espèces : mandariniers, orangers, limettiers, citronniers, pomelos, kumquats.

Puis en 1988, plantation d’environ 220 arbres, en partenariat avec la Station de Recherches Agronomiques de l’INRA de San Giuliano, en Corse, qui a fourni les arbres, et une société privée qui assurait la maîtrise d’ouvrage. Espèces : clémentiniers, mandariniers, orangers, limettiers, citronniers, tangelos, pomelos, kumquats, tangors.

Ces 220 arbres devaient constituer un verger pilote d’agrumes, de variétés commerciales, destiné à étudier :
-  l’étalement des récoltes (à cet effet, les variétés plantées sont… très variées ! Par exemple, il y a 8 variétés d’oranges pour 48 orangers)
-  le comportement de différents porte-greffes (résistance au sol calcaire, résistance au froid, résistance aux maladies)
-  l’aspect décoratif (pour l’agencement de jardins méditerranéens)
-  l’effet de la densité des arbres (moyenne retenue dans le cas présent 820 arbres/ha) Cette étude avait pour but de se donner des outils pour maintenir des activités traditionnelles agricoles et touristiques sur la bande littorale des Alpes-Maritimes.

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L’apprivoisement

J’ai commencé à m’occuper du verger de façon épisodique vers 2004, et quand mon beau-père a pris sa retraite en 2005, j’ai pris la suite. Je n’y connaissais rien en agrumes, et pas grand chose en agriculture en général, mon expérience dans ce domaine étant alors assez limitée, ancienne, et plutôt du ressort de l’amateurisme. Mais quand même réelle. J’ai eu quelques arbres fruitiers dans les années 70. Ils avaient jusque-là été cultivés en conventionnel. J’avais déjà un peu de mal à concevoir qu’on puisse obtenir des produits dits alimentaires en utilisant force poisons. L’arrêt brutal de tout traitement a entraîné le décès des pêchers, mais au bout de quelques années, les pommiers et poiriers avaient recommencé à produire, et étaient en aussi bonne forme qu’au début. Pour chercher des solutions à des problèmes alors nouveaux pour moi, je m’étais abonné aux deux revues écolos de l’époque, "Le Pont" et "Le Sauvage".

Quand j’ai repris le verger d’agrumes, j’ai heureusement bénéficié de l’appui technique de mon beau-père, agriculteur de profession, et de mon épouse, agricultrice de formation et "pratiquante" au début de sa carrière professionnelle. En tout état de cause, il ne pouvait être question que j’utilise des engrais chimiques, et encore moins des traitements dangereux. Mon beau-père ne traitait pas, fertilisait au migon, qui est du fumier de mouton. J’ai d’abord continué le migon. Avant de m’apercevoir qu’il était impossible de savoir si ce fumier de mouton était autorisé, ou non, en agriculture biologique. En 2007, je suis donc passé aux engrais officiellement estampillés bio, deux engrais NPK différents qui se complétaient. L’année suivante, un de ces deux engrais était introuvable. J’ai dû le remplacer par celui que j’ai pu trouver, toujours bio bien sûr, mais beaucoup plus cher. Cela m’a convaincu de continuer à chercher des solutions plus satisfaisantes, et en particulier plus économiques et pérennes. Des essais de semis d’engrais vert (phacélie, entre autres, pour faire plaisir aux abeilles par la même occasion) ont été réalisés entre les lignes d’arbres, sans succès ; les arbres, plantés trop serrés, ne laissent pas passer suffisamment de lumière. Les premiers essais de BRF ont été effectués en 2008. Sous cette appellation ésotérique "Bois Raméal Fragmenté", se cache une technique plutôt simple, sur le principe. Il s’agit de récupérer les déchets végétaux produits sur place (bois de taille des agrumes, ou d’élagage des autres arbres et buissons, produits de débroussaillage), de les broyer aussi frais que possible, et de les épandre comme engrais au pied des arbres. La matière première, donc, est produite sur place et gratuite. Plus rien n’est brûlé. En contrepartie, les travaux de broyage, transport et épandage sont assez longs. Depuis 2008, le BRF donne des résultats satisfaisants en terme de production.

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L’absence de traitements a permis dans le verger l’installation d’une vie intense et variée. Si certains des habitants peuvent causer quelques dégâts aux agrumes, à de rares exceptions près (en particulier l’écureuil à ventre rouge et la mouche des fruits) leur nombre s’équilibre grâce à la présence constante et efficace de leurs prédateurs et aucune intervention n’est généralement nécessaire.

JPEG - 46.8 ko la plus grosse araignée qu’on rencontre dans les arbres (2,5 à 3 cm pour le corps seul), et de loin la plus courante. Quand je suis dans un arbre, il m’arrive de temps en temps d’en retrouver une sur ma tête, ou sur une main. Ca surprend toujours, vu leur taille, mais je sais maintenant qu’elles ne sont absolument pas agressives. En fait, je les aime bien, et je suis toujours content de les voir. Un peu comme les rouge-gorges, c’est une sorte de compagnie. Cerise sur le gâteau, elles attrapent quelques mouches des agrumes (pas seulement des abeilles !)

Les projets…

Plusieurs projets sont (en permanence...) à l’étude : l’objectif général serait de progresser vers la permaculture (www.permaculture.fr). L’utilisation de BRF comme engrais dans le verger a permis d’y supprimer l’emploi de la motobineuse (souvent appelé motoculteur), appareil générateur d’érosion et de plus à moteur thermique. C’est un notable progrès, mais en contrepartie , le BRF nécessite un broyeur, lui aussi à moteur thermique. Ce n’est donc pas la panacée. D’autres solutions sont envisagées, l’une d’elles étant celle qui est préconisée par le japonais Fukuoka, qui l’a lui-même testée, à savoir mettre des poules dans le verger, les fientes apportant le complément nutritif nécessaire aux arbres (à ce sujet voir dessin poule-citron :^).

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Les espèces déjà en place sont assez variées, mais j’aime bien en apporter de nouvelles, quand il y a de la place disponible : parfois ce sont des variétés commerciales (clémentiniers Orogrande, Hernandina, oranger Thomson, pamplemoussier Cayenne), parfois des variétés non commerciales, juste pour le plaisir, pour voir, ou, pour utiliser un mot à la mode, dans l’intérêt de la biodiversité (cédrat Main de Bouddha, volkamériana). Des kiwis ont été plantés en 2008. C’est une plante intéressante à bien des égards : peu sensible aux maladies et prédateurs, peu exigeante, sauf peut-être en arrosage ; très productive, elle donne des fruits gorgés de vitamines, de surcroît en hiver, où ses uniques concurrents sont… les agrumes ! Seul bémol (si on laisse de côté le besoin d’eau) : le kiwi ne commence à produire qu’à partir de 4 ans. Le pied mâle a fleuri, cette année, pas encore les pieds femelles. Alors on espère les premiers fruits pour l’année prochaine.

Parmi les projets ponctuels en cours, on peut encore citer celui de récolter et d’utiliser les olives, jusqu’ici perdues (pas pour tout le monde ; les bandes d’étourneaux migrateurs sont ravies de se ravitailler ici en automne pour prendre des forces avant d’entreprendre la dure traversée de la Méditerranée) parce que piquées par la mouche de l’olivier. Je n’ai pas pour le moment trouvé de procédé bio qui me semble vraiment satisfaisant pour traiter le problème.

Partant de l’évidence que les abeilles (entre autres) faisaient partie intégrante de l’équilibre écologique du verger, une première ruche a été mise en place en juin 2005. Puis une seconde. Il est apparu assez vite que deux ruches ne suffisaient pas pour garantir une continuité de l’élevage. Depuis 2010, le rucher loge en moyenne cinq ruches, et pour le moment, il est prévu d’en rester à ce nombre. Mais comme pour le verger, bien que marginales, les activités liées au rucher évoluent : outre le miel et la propolis, on espère récolter l’année prochaine un peu de pollen. Le cérificateur (fondoir à cire) solaire, de fabrication maison, a permis cette année de récupérer la cire des abeilles pour produire quelques bougies.

abeille sur une fleur d’agrume ... JPEG - 32.3 ko